Quelques questions pour quelques tentatives de réponses...


 

L'humilité est la première vertu des cherchants...de tous les cherchants. Aucune vérité ne peut émerger de celui qui ne s'interroge d'abord lui-même, c'est encore plus vrai avec les symboles du Rectifié. Tout n'a pas été dit, même de la part de son principal architecte Jean-Baptiste WILLERMOZ. La doctrine nous ramenant à un travail en introspection, on ne peut en attendre des vérités toutes faites.

 

En revanche, le sens de cette doctrine peut nous conduire à saisir et entrevoir des pistes, des orientations cohérentes avec le sens de celle-ci.

Les questions ici, sont le plus souvent les vôtres, à vous Frères du R.E.R. évoquées en loge ou en réunions de travail ou séances d'instruction, les réponses apportées n'ont pour but que de vous relancer dans vos recherches...

Questions...

 

"Cherchant, persévérant, souffrant"...Pourquoi dans cet ordre. Il m'aurait paru plus logique de dire : "Cherchant, souffrant, persévérant", dans l'idée qu'après accepter la souffrance, il convenait que je fasse le choix de la persévérance pour atteindre mon but ?   (Pierre-Jean B...... / Dijon)

 

Tentative d'une réponse:  Mon BAF, avant même de tenter d'apporter une réponse à votre question, resituons celle-ci dans le contexte qui doit nous intéresse, un passage de l'Instruction Morale au grade d'Apprenti.

.../...Les trois coups vous ont appris qu’avec des désirs purs et ardents on ne demande pas, on ne cherche pas, on ne frappe pas en vain, et l’entrée de la Loge vous a été ouverte. Continuez donc à demander, à chercher et à frapper avec de tels sentiments, c’est le seul moyen d’arriver au terme heureux de vos espérances.

Introduit en loge en qualité de Persévérant, vous avez été livré entre les mains d’un guide qui vous était inconnu. Mais il connaissait vos désirs, et son devoir était de les seconder ; le Vénérable Maître lui en a donné l’ordre, et vous a excité à prendre en lui la plus entière confiance. Pouviez-vous la lui refuser ? Vous étiez dans les ténèbres, et vous ne pouviez en sortir que par son secours.

 

Le Vénérable Maître, après s’être assuré de la sincérité de vos désirs, de la fermeté de vos résolutions, et du consentement de la loge, vous a livré aux épreuves antiques qu’il était indispensable de vous faire subir et sans lesquelles vous ne pouviez pas être reçu. Ces épreuves vous ont été figurées par trois voyages mystérieux que l’on vous a fait faire par diverses routes dans l’obscurité autour de la loge, ayant la pointe d’une épée nue sur le cœur. Mais vous n’auriez pu les faire sans un guide sûr et fidèle pour diriger votre marche. ce guide vous a été donné, il ne vous abandonnera jamais si vous ne le fuyez vous-même. Le Deuxième Surveillant a été chargé de vous retracer sensiblement ses fonctions dans le cours de vos voyages. Mais avant de les commencer vous avez été déclaré Souffrant.

 

Mon cher Frère, il n’est point rare de voir les hommes désirer, chercher, et persévérer dans leurs désirs. La curiosité seule peut en être souvent le mobile : tous les hommes veulent savoir et connaître, et la plupart d’entre eux se font illusion sur les motifs de leurs recherches; ils se flattent de la faire passer de même dans l’esprit de ceux dont le secours leur serait nécessaire. Mais un œil exercé ne s’y trompe pas, on reste sourd à leurs demandes, et ils restent entourés de muets tant que l’on ne voit pas en eux le signe caractéristique de la sincérité et de la pureté de leurs désirs. Mais il est bien plus rare de les voir consentir volontairement à souffrir pour trouver à faire tous les sacrifices de l’amour-propre, des préjugés et des privations pénibles que l’amour de la vérité suggère et qu’elle exige. C’est cependant là le seul caractère du vrai désir et de la persévérance; voilà pourquoi, mon cher Frère, on vous a déclaré Souffrant.

 

Ces trois états de Cherchant, de Persévérant et de Souffrant sont tellement liés dans l’homme de désir qu’on a cru devoir vous les rappeler ensemble en vous les retraçant par chacun de vos voyages. Les trois voyages dans l’obscurité vous ont figuré la carrière pénible que l’homme doit parcourir, les travaux immenses qu’il a à faire sur son esprit et sur son cœur, et l’état de privation où il se trouve lorsqu’il est abandonné à ses propres lumières. L’épée sur le cœur désigne le danger des illusions auxquelles il est exposé pendant sa course passagère, illusions qu’il ne peut repousser qu’en veillant et en épurant sans cesse ses désirs. Les ténèbres qui vous environnaient vous désignent aussi celles qui couvraient toutes choses dans le principe de leur formation. Enfin le guide inconnu qui vous a été donné pour faire cette route vous figure ce rayon de lumière qui est inné dans l’homme, par lequel seul il sent l’amour de la vérité et peut parvenir jusqu’à son Temple.

 

 

Destiné à entrer dans ce Temple, on vous en a fait monter les trois premières marches. Mais votre temps n’étant pas encore venu, la porte est restée fermée; on vous a fait redescendre. Le Vénérable Maître vous a invité à ne pas vous décourager par les obstacles. Cependant, par cette première tentative, vous avez acquis l’âge symbolique de trois ans, premier nombre mystérieux de l’Ordre.../...

 

En fait mon Frère, en relisant ce texte qui nous aura uni quelques instants dans cette réflexion, rien d'autre à ajouter ne paraît nécessaire. Je me suis juste permis dans cette relecture de souligner en gras ce qui peut être motif à attirer votre attention. Je vous souhaite la meilleure des suites à votre démarche. Fraternellement.: 

 

 


"Que dois-je comprendre lorsque le Vénérable Maître annonce : "A l'Ordre mes Frères !"...?  (Yves L...... / Marseille)

 

Tentative d'une réponse: Bien que la Franc-maçonnerie résonne parfois à quelques éléments aux accents militaires (cela s'expliquant entre autre, par le fait de sa diffusion au sein des garnisons...), il n'est pas question ici d'une injonction de cette nature, mais une recommandation faite à chacun des Frères d'une loge, à se mettre à l'ordre de...lui-même. Rappelons-nous d'ailleurs que le Vénérable Maître termine l'ouverture des travaux en précisant : "Je prescris au nom de l'Ordre le plus profond silence à tous les  ouvriers". En quelque sorte tout nous est indiqué afin que nous nous mettions dans un "certain état"... En état de recevoir la Lumière dit plus loin le rituel. Mais comme un début de réponse entraîne inévitablement vers d'autres questionnements : quel serait cet "état", de quelle nature est ce silence et de quelle lumière semble-t-on parler ?...   


"On parle souvent du caractère spécifique du Rectifié, mais en a-t-il un vraiment et en quoi"...?  (Michel M...... / Nantes)

 

Tentative d'une réponse:  Si tous les rites ont la même histoire "en toile de fond" (la légende d'Hiram et la reconstruction du Temple de Salomon...), chacun d'entre eux l'évoque différemment. La Franc-Maçonnerie les ayant fait émerger le plus souvent pour des raisons historiques où quelques hommes ont souhaité apporter "leur pierre à l'édifice" (gageons que cela ne s'est pas fait dans la plus grande sérénité...).

Mais qu'il s'agisse des rites continentaux  (REAA, Rite Français et RER) ou Anglo-saxons (Emulation, York, Standard d'Ecosse), le Rectifié offre, un peu plus tard il est vrai lorsqu'on est Ecuyer Novice, un travail de nature "opératif", ce que d'aucun autre ne peut se prévaloir, offrant juste, une cérémonie de plus. Le Frère étant alors invité à travailler son nouveau rituel...

Quant à sa différence dite de son "marquage christique", il s'agit là du renvoi aux valeurs "primitives de la chrétienté" à ne pas confondre avec les préceptes de l'Eglise qui n'ont aucun rapport avec le Régime Ecossais Rectifié. Il s'agit de bien lire et relire Jean-Baptiste WILLERMOZ pour le vérifier. 

D'ailleurs, si tel avait été le cas, il resterait à expliquer pourquoi ce dernier, pourtant  fervent chrétien (au sens affirmé du XVIIIè siècle) est allé toute sa vie, chercher au delà de sa religion dans l'ésotérisme, les sciences occultes et la théurgie, ce qui, en l'espèce, ne semblait pas totalement répondre à ses attentes...